Les terres indiennes

Le 10 mai 2016
L'insolent parisien en Inde

Après le Vietnam, l’Insolent Parisien est parti à la découverte des terres parfumées d’Inde, et c’est le sourire aux lèvres qu’il nous conte ses aventures à travers son carnet de voyage. Il nous offre des récits et des photos empreints de la chaleur et de la beauté des lieux qu’il a traversés dans sa recherche des meilleurs thés Darjeeling de printemps, toujours pour notre plus grand plaisir.

Un voyage qui l’a conduit de New Delhi à Assam, en passant par les montagnes du Bengal pour des séances de tea tasting délicates, à travers un parcours parsemé de rencontres et d’imaginaire, d’aventures et de délices, de thés et de sourires.

Il nous est revenu les poches remplies de trésors indiens et la tête remplie d’idées, et nous avons hâte de déguster le résultat de ses sélections.

Prenons quelques instants pour nous plonger dans ce carnet de voyage authentique et sincère et partageons ces quelques jours intenses avec Guillaume LELEU, à travers ses trouvailles, son émerveillement, ses rêves, ses rencontres, ses souvenirs, et bien entendu ses tasses de thé.

JOUR 1 : UN INCONTOURNABLE TEATIME

Avant de fouler les terres de Darjeeling, halte à New Delhi qui m'accueille. Tout est là. Le bleu de ses portes, le rose des volutes de ses chapiteaux persans, l'ocre de ses ruelles et dans ses ombres son ‘Chaï’, quel bonheur de retrouver ces parfums, ces lumières et ces terres en ce dimanche d'avril.

Loin de nos clichés occidentaux, de nos jolies tasses en porcelaine, le ‘Chaï’ est en Inde la boisson de la rue, du pauvre comme du riche, que s'est approprié l'homme de la ville et des campagnes, comme un souvenir, un emprunt au passé colonial des britanniques, pour le faire sien.

La préparation de ce thé-là ne doit rien au hasard même si nous pouvons en trouver encore deux versions, le 'Masala Chaï' ou le 'Tea Masala' qui garde dans les racines de son nom pour le second sans nul doute la préférence ‘British’, au contraire du premier, plus simple, qui s'est nationalisé comme la version indienne.

Les deux partageront en commun la base d'un Assam de grade 'finest' ou 'premium' parfumé de cardamome, gingembre, clous de girofles, cannelle, infusé dans le lait.

Pour le 'Tea Masala' il vous faudra rajouter fenouil, anis et noix de muscade pour la recette originale.

Mais qu'il soit 'Chaï' ou seulement 'Tea' la meilleure façon d'en connaître toutes leurs subtilités est encore de choisir celui que vous trouverez sur le feu, dans les méandres des ruelles de 'l’Old Delhi' armé d'une pointe de courage et d'audace .... Le tout dans un simple verre.

Voyage au coeur de New Delhi

JOUR 2 : 

EN ROUTE VERS LES PLANTATIONS

Je ne suis pas certain encore d'arriver ainsi, de cette manière, dans les hauteurs de Darjeeling, sur ses chemins escarpés de terre et de pierres, mais par précaution suis parti de bonne heure.

Telles des petites abeilles qui ont envahi la ville, se faufilant à droite et à gauche à excès de klaxon et de malice, parmi eux, mon 'rickshaw', ne fait pas déshonneur à la conduite locale de tous ces tuk-tuk ...

Je sens toutefois que la route qui m'emmènera jusqu'à mes 1st flush risque d'être plus longue et cahoteuse que prévue. Je verrais bien !

RENCONTRE AVEC UN (JEUNE) HOMME D'AFFAIRES

'Atikya' business boy en herbe et aléatoirement 'petit vendeur de Chaï' de rue...
"5 roupies pour le verre de ‘Chaï’ mais 20 pour une photo" me dit-il dans un anglais précaire, en me voyant prendre une photo de son père derrière lui en train de mixer le thé au lait en train de bouillir ...

Atikya a 11 ans et déjà un sens des affaires aiguisé, il parcourt la rue pour offrir aux commerçants et badauds le ‘Chaï’ de son papa à l'aide de son petit panier de fer blanc qu'il remplit préalablement de 6 verres bien pleins et mousseux.

Forcément son sourire et sa réplique ne m'ont pas laissé de marbre et cela m'en a coûté 100 roupies au total, somme que je me suis empressé d'honorer, pour régler les 4 photos précédentes en reliquats du papa, pas peu fier de son fiston, même si au final, c'est la sienne que je publie :)

Pour ce prix-là, vous prendrez bien une tasse avec moi ?

UN VOYAGE DES SENS

Tout comme peut l'être le thé, l'Inde éveille chacun de mes sens à chaque moment.

Elle s'adresse à mon regard de son architecture riche et variée, s'exprime à mon nez par les parfums de ses épices, les effluves de sa rue, se sublime au goûté de sa cuisine qui enveloppe le palais de ses essences uniques, se laisse écouter sans tendre l'oreille par ses chants et ses bruits de chaque instant et enfin interpelle l'esprit de ses contrastes et de ses beautés.

Multi sensorielle, tout comme traduite ici, dans les ombres et lumières de cette dernière photo de Delhi où je n'amalgamerai ni contexte ni situation mais dont la sérénité évidente m'a paru tellement bienvenue à partager.

Hâte d'être à demain au cœur des plantations après les merveilleuses rencontres du jour...

Tuk-tuk, business boy et voyage des sens

JOUR 3 : COUCHER DE SOLEIL À DARJEELING

Fin de journée dans les montagnes du Bengal.

Le soleil tombe sur les plantations, au cœur desquelles je passerai la nuit, dans le bungalow de réception des hôtes, du dernier jardin qui m'a accueilli et où l'on vient de clore les derniers tastings du jour.

Si la fatigue se fait sentir, si la journée fut riche en travail, ce n'est que de ses émotions multiples et merveilleuses que ma mémoire en gardera trace.

Il y a tant à dire que l'on ne peut décrire, qu'il s'agisse du thé, des hommes, des cueilleuses ou de ces paysages qui m'entoure, ici, perché à quelques 3000 mètres d'altitude.

Et puis il y a un peu également de cette pression non-écrite de faire les meilleurs choix, à chaque tasse, qu'elles soient népalaises ou indiennes, pour tous ceux qui les attendent.

Le soleil se couche dans les montagnes du Bengal, pour laisser place à la promesse d'un autre lendemain à 3/4 heures de route, plus haut vers Darjeeling dans d'autres Tea Estates...

Une journée dans les plantations de Darjeeling

JOUR 4 : DÉGUSTATION

Premières séances en préparation en ce matin sur Mirik, chaque lot des récoltes quotidiennes doit être testé pour identifier les parfums qui les distinguent, la qualité qui les diffère, et pour comprendre les paramètres du jour qui seront à changer en fonction des feuilles du jour...

Il y a dans ces moments comme un temps suspendu, une fierté, une prise de conscience de la chance qu'il m' a été offerte d'exercer ce métier, où dans l'ombre, le détail de chaque chose prend son sens... en harmonie avec la mère nature..., loin de tous les bruits, de ces retours parfois tellement violents, des critiques auxquelles on s'expose lorsque l'on est face au goût personnel de chacun, des novices et de ceux bien sûr dont la bienveillance est relative et qui leur offre un rôle.

Les tasses s'alignent à présent, la roupie qui sert de pesée est dans la balance de cuivre, l'eau est dans la bouilloire... Enfin ce nouveau jour commence.

Séances de tea tasting

JOUR 5 : 

TRÉSORS DE DARJEELING

Contrairement à celles visitées hier, plus éloignées de la ville et celles tout au long de la route qui mène à Darjeeling, où il faudra se sourcer à défaut, pour y trouver son bonheur dans les jours à venir. Situés en contrebas de la ville les entrepôts et les fabriques des plus prestigieuses plantations qui ont fait la renommée de Darjeeling sont quasi vides ...

Les récoltes ont cessé après le début de ces dernières vers la mi-mars, pas de cueilleuses autour des pieds de théiers, très abîmés et dépourvus des précieuses feuilles...

Ce, suite à un très violent orage de grêlons le 31 mars dernier.

Les First Flush de ces noms prestigieux; 'Bloomfield', 'Risheehat', 'Aria', 'Orange Valley', 'Singtom'... tous très impactés, sont donc quasi inexistant en quantité et particulièrement rares, puisque la meilleure espérance des propriétaires est de reprendre une vie normale que vers début juin au mieux... après la saison.

Malgré toute la tristesse palpable dans les Tea Estates, les tastings des récoltes d'avant tempête furent extraordinaires, les premières récoltes étaient extrêmement prometteuses en qualité. 

Parce que je suis tombé amoureux de deux lots mais aussi parce que c'est une façon de les soutenir, j'ai donc acheté aujourd'hui le lot DJ5/16 de Bloomfield et le DJ25/16 d’Orange Valley, qui me sont apparus comme de rares trésors.

Le second lot aura par ailleurs un goût particulier en plus en tasse puisqu'il s'agit de celui de la récolte du 31 mars, juste avant les événements, le dernier First flush des plantations en contrebas de la cité donc, comme un signe du destin.

Ils seront très vites à Paris.

UN APERCU DE DARJEELING

Traverser Darjeeling est un peu comme fermer les yeux quelques secondes, rêver et s'apercevoir que son rêve s'est réalisé lorsque l'on les rouvre ...

Il y a ici comme une atmosphère particulière, un sentiment d'être sur le sommet de la terre, perché au milieu d'un endroit que seul Kipling aurait sorti de son imagination.
Croiser le mythique petit train qui traverse la ville, contempler cette architecture en mouvement où tout ne forme qu'un tout avec le thé dont les nombreuses plantations bordent la cité, comme si son rêve vous avait emmené au-delà des nuages...

Je ne pouvais pas ne pas en partager une rue même si cela reste bien peu au nombre de lieux où mon regard s'est posé...

Les paysages de Darjeeling

JOUR 6 : DERNIER REGARD SUR DARJEELING...

Dernier jour sur Darjeeling avant de reprendre la route pour Calcutta puis celle d'Assam où je vais rendre visite à nos jardins avec lesquels nous travaillons depuis de longues années.

Après la jachère de l'hiver, la saison a repris également pour eux depuis quelques jours et ces rencontres sont essentielles.

Je m'en vais donc laisser derrière moi ces visages des cueilleuses, dont les traits et la beauté te marquent à jamais, les petits monts mouchetés de verts de ces magnifiques montagnes de Bengale, la brume du matin qui berce les théiers, les feuilles de ce champagne précieux dont les récoltes vont se poursuivre...

Mais je ramène tant de choses avec moi que je poursuis ce chemin le cœur accroché aux petits bonheurs de mon quotidien. Tout comme à Bonnières, dans la fabrique de Gyabaree-Millikthong, ‘Making tea is an act of pleasure !

Les cueilleuses dans les plantations

JOUR 7 : 

VISITE DANS LES JARDINS D'ASSAM

La terre d'Assam est une terre généreuse, ocre, rouge, gorgée d'eau offrant une nature flamboyante, nourricière d'une agriculture prolifique à ceux qui là cultivent, principalement de riz, de thé et de gingembre.

C'est de Silchar d'où je prends la route pour me rendre vers mes destinations finales à 3 - 4 heures de là de trek, mais déjà le chemin qui m'y emmène est bordé de théiers.

Petite anecdote, je ne compte plus, à présent le nombre de vaches, chiens, chèvres, porcs... en liberté, qui occupent l'espace goudronné et qu'il faut donc éviter, que ce soit ici ou depuis New Delhi.

Ici, la majorité des indiens sont de communauté musulmane, nous sommes en bordure du Bangladesh et nombreux sont ceux qui ont immigré sur ces terres prometteuses.

Le regard porté sur l'étranger, curieux, interrogateur, comme effrayé, sur l'homme blanc que je suis, me prouve s’il en était utile que nous ne sommes pas nombreux à venir à leurs rencontres, mais il me suffit de sourire pour en recevoir en retour et poursuivre mon chemin...

Ô TERRE D'ASSAM !  

Si vous vous demandiez comment était la terre d'Assam qui offre cette feuille de thé si particulière, aux parfums si spécifiques... je vais la partager avec vous.

Elle est comme une terre d'Afrique, que j'ai pu projeter, fantasmer, telle que je l'ai imaginé dans des rêves. Elle est comme une terre sauvage, ponctuée par l'eau qui s'y irrigue, les parcelles et les hauts arbres parasols. Elle est comme une terre d'accueil, où s'arrêtent des troupeaux, qu'escaladent les chevreaux et où la femme indienne y promène ses enfants, va y ramasser le bois mort pour le feu du soir.

Et elle a aussi cette géographie si particulière..., tout en courbes et en lumières...

Imaginez une plaine, dans laquelle se seraient endormis des centaines de gros diplodocus, créant sur elle, autant de petits monts de terres sur lesquels l'homme aurait planté quelques théiers.

La voilà, la terre d'Assam.
Cette terre rouge, splendide ou les Camélias s'épanouissent ...
Cette terre rouge que l'on voit pourtant comme vierge et à l'état de jungle.
Une terre de feu qui ne pouvait donner que naissance à ce thé si ‘British’, auquel on joint toujours un nuage de lait...pour l'apaiser.
Un nuage, l'un d'eux pleut justement et m'appelle à l'intérieur.

Ô terre d'Assam

JOUR 8 :

DIMANCHE MATIN ENSOLEILLÉ

Je m'apprête déjà à quitter Assam après de longues heures de tasting et de sélection au cœur des plantations.

Alors que mon voyage s'achève, je sais qu'il se prolongera dans les nombreuses tasses que nous partagerons ensemble à l'avenir.

Je garderai avec moi à jamais ces parfums à l'image de la vie, colorée de rencontres et de bonheurs, pimentée de surprises et de nos différences, que quelques rayons de soleil viennent toujours caresser pour en rappeler chaque petits bonheurs.

L'Inde est à l'image de son peuple, immense et généreuse, composée d'un melting pot de savoirs et de richesses encore inexploitées.

Demain sera encore meilleur qu'hier, c'est certain, si nous savons, chacun de nous, garder au fond de nos âmes de la fraternité et de l'amour, car d'être ensemble est une chance et chaque voyage m'en apporte la plus belle des réponses.

AU REVOIR, ‘SHUKHRIYA’

Dernière photo de voyage avec ce joli couché de soleil sur le Gange prise à Calcutta.
Cette fois, je laisse derrière moi, les vieilles machines ‘Britania’ qui rythment encore de leurs cliquetis toutes les fabriques que j'ai pu visiter.

Ces 'petites mains' de l'ombre qui récoltent, prennent soin des feuilles tout au long de ses étapes de transformation, testent et qui nous offrent ces breuvages d'exception 'faits main'.

Ces rues colorées de Silchar, Darjeeling, Calcutta, New Delhi et de toutes ces autres villes et lieux qui m'ont accueilli.

Et bien entendu ces magnifiques plantations dont j'ai déjà hâte de ramener les trésors.

Au revoir India, Shukhriya ! (merci)

Derniers jours à Calcutta

Et pour prolonger ce voyage, nous vous invitons à découvrir les Darjeeling, que l'Insolent Parisien a ramené dans ses valises... en commençant par le Darjeeling S.F.T.G.F.O.P. 'Jardin de Millikthong', puis le Darjeeling S.F.T.G.F.O.P. 'Jardin d'Orange Valley' pour finir toute en douceur avec le Darjeeling S.F.T.G.F.O.P. 'Jardin de Phuguri'.