Au coeur du Vietnam

Le 10 mars 2016
Départ pour le Vietnam

Après plusieurs jours à la rencontre des jardins de thé du Vietnam, l’Insolent Parisien nous revient et partage avec nous son carnet de voyage, à travers des photos qui nous transportent au cœur des plantations, celles où il sélectionne une partie de ses thés d’une grande qualité qui offrent des parfums fleuries, plus méconnues que la Chine ou le Japon.

Un voyage au fil des eaux du Mékong, qui l’ont promené jusqu’à Sa Đéc, plus au Sud, où il découvrit les lacs de Lotus qui servent à parfumer le thé vert de là-bas parmi les différentes fleurs utilisés…

Une escapade au cœur de l’Asie, d’où il ramènera dans ses valises ses futures inspirations pour ses prochaines créations, peut-être parfumé de ‘fleurs d’artichaut’ dont l’infusion là-bas est très populaire et boisson nationale.

Une balade pour sélectionner, comprendre, rencontrer, en résumé le métier d’un tea-taster dans ce pays où les plantations de thé côtoient celles du café, dans ce pays aux milles contrastes, bercée par les eaux de toute part.

Un Carnet de voyage comme seul Guillaume LELEU sait les partager…

JOUR 1 : DÉGUSTATION

Petit moment, d'un instant magique, dégustation d'un magnifique thé artisanal des monts de Dā Lat, au cœur du Vietnam...

Une véritable délicatesse en bouche, une note presque de miel, de bois clair, une belle légèreté et longueur tout en affirmant une jolie présence tant olfactive que gustative. Juste un plaisir, un sourire, qui après un véritable périple pour arriver jusqu'ici réconforte tant mon cœur que mon âme.

Si je peux en ramener, je n'hésiterais sans nul pas...

Tea tasting à Dā Lat

JOUR 2 : AU COEUR DES PLANTATIONS DE THÉ

(Presque) à l'état sauvage ... Ici les jardins de thés côtoient, dans la montagne, les plantations de café.

Le parfum de leurs fleurs blanches dans l'air embaument les lieux, une fragrance proche de celle du jasmin... à 25km de Dā Lat environ, sur les hauteurs de la ville, on 'pick' encore à la main, un des derniers endroits au monde où la cueillette se fait encore ainsi... Certaines parcelles sont réservés aux théiers sauvages que l'on va laisser grimper, vieillir, pour en récolter les feuilles réservées aux Pu-erh.

Les autres sont celles dont seront issus, Wu-long, thé vert, thé noir...

Une partie de la récolte servira aux 'parfumés' qui a trouvé toute sa noblesse en Asie aux mêmes titres que les natures, tout comme en Chine, à Taïwan.

Les feuilles seront alors imprégnées des fleurs de lotus, jasmin, roses, d'autres mixés aux racines de Gingembre... mais la spécialité locale à Dā Lat, est le thé à la fleur d'artichaut et après la surprise de premières saveurs, on se laisse volontiers amadouer par la douceur suave de l'infusion.

Il reste ce que je ne saurais vous partager par des mots, le sourire des cueilleuses, l'accueil des farmers, les longues explications sur les techniques, le plaisir certain et aventurier de découvrir ces nouvelles terres de Camélia...

Le sourire des cueilleuses

JOUR 4 : AU COEUR DES PLANTATIONS DE THÉ

Sélectionner une feuille, c'est comprendre sa terre, la philosophie de ses hommes et lever la tête vers le ciel pour en sentir ses caprices.

Il n'y a aucun hasard dans la recherche, la poursuite d'une quête et j'ai toujours eu besoin de ce contact, au fil des années, pour entendre la feuille.

Plus que la toucher, la croquer puis l'infuser, l'espace dans lequel elle prendra vie prend tout son sens dans le fait de l'écouter.

J'aime particulièrement ces lignes qui forment les jardins de thés, qui comme des sillons vous poussent à regarder au-delà de l'horizon, ces horizons mêmes que certains ont cherché parfois à assombrir, par petitesse ou jalousie, ces horizons mêmes qui éclairent votre métier, ce que vous êtes, dans sa raison et son sens premier.

J'aime m'y perdre et m'y retrouver.

J'aime ces courbes, ces monts, ces arbres qui les ponctuent pour mieux s'y arrêter.
J'aime en toucher le vert, qui n'a de cesse d'attraper la lumière, et j'aime l'idée qu'il n'en restera qu'une infusion, souriant du coin des lèvres pour les sourires qu'elle décrochera si loin de lui, d'eux, de ces horizons...

Les plantations

JOUR 7 : DÉCOUVERTE DU THÉ À LA FLEUR D'ARTICHAUT

{Cœur d'artichaut} Je les connaissais cuits à l'eau, jusqu'à que leurs chairs soient croquantes, que leurs cœurs livrent leurs tendresses, préparées par ma grand-mère…

J'en gardais le souvenir de la feuille que chacun suçait au mieux pour en extirper l'extrait...
J'en conservais quelques images heureuses, des plats débordants encore plus après qu'avant que nous les entamions...

Et puis, il m'en restait ce sobriquet amical, lorsque j'étais plus jeune et que je m'émotionnais de quelques chagrins d'amour... 

Mais j'ignorais encore jusqu'à lors que leurs délicates fleurs avaient un pouvoir curatif, des vertus d'apaisement, un goût délicat, une beauté d'infusion lorsqu'on les associait à quelques feuilles de thé vert... et pouvait être en bouche un bouquet de saveurs, un plaisir exotique...

C'est aussi cela le thé, cette association de plantes, de morceaux de fruits, de fleurs à quelques feuilles brutes, une cuisine d'infusions pour nourrir l'âme et l'esprit, une médecine naturelle d'une prescription préventive, une alchimie créative que l'on déconsidère bien trop souvent en les résumant à un illégitime visage du thé occidental, à de vulgaires sous breuvages sous l'appellation 'parfumé' alors que depuis toujours le thé 'cuisiné', le thé parfumé, ce thé-là fait entièrement partie de la culture du thé dans ses grandes origines.

N'en déplaise à quelques ayatollahs, en quête de quelques reconnaissances publiques. 

Thé parfumé à la fleur d'artichaut, spécialité du Vietnam.

Infusion du thé à la fleur d'artichaut

JOUR 8 : AUX BORDS DES LACS DE LOTUS

Voyage fleuri.

Lorsque j'importai mon premier thé au lotus du Vietnam, la méthode d'embaumement du thé que l'on m'avait décrite semblait presqu'irréelle, tel une légende qui se transmet, un mythe...

Il y aurait au Vietnam des grands lacs de lotus, qui s'ouvrent à la rosée, dans lesquels on y viendrait délicatement déposer au cœur de la fleur les feuilles de thés pour qu'elles s'imprègnent durant la nuit, pendant que les fleurs sont closes, du parfum des pistils. 

Je n'avais pas de raison de douter, mais la curiosité et ma conscience professionnelle m'ont naturellement poussé à me rendre compte par moi-même de cette merveille...

Direction plus au sud alors, empruntant le même route que celle que prend le thé, vers Sa Đéc, dans un périple qui fut loin d'être désagréable puisque cela m'a valu une jolie balade sur les eaux du Mékong, dont j'espère vous reparler plus tard...

Arrivé sur place, je ne peux que constater la beauté autour de moi, des champs de lotus à perte de vue, cette jolie fleur dont j'aime tant emprunter les parfums délicats et dans laquelle le thé emprunte les saveurs... comme à découvrir dans le 'Blue Oolong Lotus' qu'importe Theodor Paris, mais également cette même fleur par laquelle je me suis laissé séduire dans ma dernière création 'J.C. Absolu Oolong' qui fêtera bientôt déjà son premier anniversaire...

La beauté de ces fleurs, devenues par le temps, symbole du Vietnam, me permet de définitivement dire de ce voyage, que l'amour à milles visages et que j'ai trouvé le mien à travers le thé.

Les fleurs de lotus

JOUR 10 : SUR LES EAUX DU MÉKONG

Je me réveille sur les eaux du Mékong, tout est calme encore autour du moi, le silence parfois interrompu par le moteur d'un sampan, (sānbān) des premiers pêcheurs...

Le fleuve a l'air serein, les eaux apaisées par la nuit qui s'achève, la lumière de l'aurore dévoile le miroir de son étendue que l'on ne peut qu'admirer.

Ma tête est en alerte pour photographier à jamais ces merveilleux paysages qui m'entourent, essayer d'en conserver la douceur, le son, les parfums, les beautés, qui, ici et là, sont autant de stimulations pour demain.

Je déguste déjà ma première tasse de thé du jour, rapidement préparé avec les ustensiles que j'ai sous la main, mais les feuilles sont malgré cela délicieuses, j'en ai ponctionné quelques-unes de celles que je compte ramener.

Je me dis, en les portant à mes lèvres, que la présence ou l'absence de l'amertume, les parfums, le plaisir ou déplaisir que peut vous conférer une tasse, qu'avant toute préparation idéale, c'est la qualité des feuilles qui révèlent ce que sera la tasse et peu importe les règles que l'on impose parfois, qui ne sont là, que pour éventuellement sublimer une infusion mais non la faire.

Le Mékong m'extirpe de mes pensées, l'activité semble prendre vie, une émulsion dans l'air en quelques secondes se fait ressentir, plus de bateaux, de plus gros, le mien est encore accosté.

Alors avant que ce sentiment de quiétude m'échappe et que je me laisse à mes pensées parisiennes, je retourne de ce pas, regarder ce fleuve immense prendre vie et vous emmène avec moi.

Promenade sur le Mékong

JOUR 14 : DERNIER JOUR

Aux vagues de l'âme.

Je quitte les "yeux" du Mékong, ses eaux, ses rives pour naviguer vers d'autres destinations.

Et si j'en ai connu des flots, par tout temps et toutes mers, je reste un marin des terres qui doit rentrer à son port mais je garderai de ceux-là, leur calme, leurs vies, leurs beautés.

Je m'en vais de ces terres, riches de fruits insoupçonnés, riche d'humilité, que j'ai aimé explorer, découvrir, boire le thé.

J'ignore s’il est temps de rentrer, mais celui de "rallumer les étoiles" comme le disait Apollinaire est venu et cela je ne peux le faire que de mon petit bout de terre, avec les miens et ceux qui font mon quotidien.

Au revoir Vietnam, merci de ton accueil, merci de tant de gentillesses, on se reverra avec certitude, une tasse à la main comme on en a tant partagé ensemble.

Cam on ! (Merci !)

Fruits et paysages du Vietnam