Lettre ouverte - Fin de la Fête du Thé

Le 28 septembre 2017
THEODOR - La fête du thé

Fin de la "Fête Internationale du thé du 9 Nov. » Il n’y aura pas de 11ème édition !

La Fête Internationale du Thé du 9 novembre a soufflé son 10ème anniversaire en 2016, mais il n'y aura pas de 11ème édition. Guillaume Leleu, à l'origine de cette belle initiative, revient sur ces dix années dans une lettre ouverte que vous pourrez découvrir ci-dessous et nous fait partager son expérience, ses souvenirs et sa décision d'y mettre fin.

Le 09 Novembre 2007, jour en clin d’oeil à la maison que je dirige, du même nom que le Saint célébré ce jour là, je prenais le parti-pris de consacrer cette date comme ‘Fête Internationale du thé’, aucune fête, aucune date, célébrant et promouvant cette boisson, étant existante antérieurement à mon grand regret.

Cette année, le 09 Novembre prochain, nous aurions célébré la 11ème édition de cette Journée Festive autour du thé. Et c’est à l’approche de cet anniversaire, qui aurait dû être fastueux, que je prends également la décision de mettre fin à cette initiative qui n’a malheureusement pas été à la hauteur des ambitions que je lui espérais au bénéfice des valeurs de découverte, de partage, d’accueil et de plaisirs du thé.

Par l’intermédiaire de la maison THEODOR, j’avais souhaité à travers cette célébration Internationale que nous puissions être un ambassadeur, pour mettre en lumière cette plante extraordinaire, aux milles visages, que la planète entière consomme, tout en dépassant les clivages des marques, des lieux habituels de sa consommation, des intérêts économiques et personnels.

Theodor était ici un porteur de voix, un acteur parmi les acteurs, un initiateur, au mieux un animateur ou agitateur d’idées et rien d’autre, ne souhaitant pas s’accaparer cet évènement ni pour son bénéfice, ni pour s’attribuer une cause qui nous semblait alors essentielle.

Mais aujourd’hui, je ne peux que regretter, seul, bien trop seul, que nous n'ayons jamais réussi à dépasser les clivages que je cite ci-dessus, jamais réussi à fédérer d’autres maisons autour de cet évènement, jamais franchi le cap d’en faire une date où du tea lover à l’amateur, chacun s’approprirait ce jour pour mieux faire connaître au non-initié les plaisirs sensoriels qu’une tasse de thé peut révéler et transmettre sa passion en l’accueillant autour d’une table de l’amitié.

Je suis, par ailleurs, le seul responsable de cet échec, n’apportant pas les réponses attendues à mes confrères, des intérêts ou plutôt des non-intérêts que nous avions à être de simples ambassadeurs ou animateurs de cette fête que je souhaitais avant tout, tout sauf commerciale.

L’idée n’était pas une journée de soldes ou de promotions sur les thés que nous offrons, ni une journée de vente pour mettre en avant un produit, ni une date qui nous aurait permis d’apposer des logos sur des supports de communication.

Non. L’idée était celle d’engager une fête, que tout un chacun pouvait s’approprier pour la célébrer, du boulanger de quartier s’aventurant pour ce jour à concocter quelques pains à base de thé, du restaurant s’exerçant à utiliser le thé comme un nouvel ingrédient, du club de sport de sa ville offrant un moment de pause et d’amitié à ses adhérents, mettant en exergue les propriétés bénéfiques d’une plante et d’une alimentation saine et naturelle.

L’idée était que le thé puisse avoir un moment où ce jour là, qu’il puisse être proposé à celui qui ne le connaissait pas encore. Un jour où nous ne demandions pas de venir jusqu’à nous, jusqu’à une maison ou à un salon de thé mais un jour où nous allions vers l’autre, à la rencontre de l’inconnu, du novice et de ses amis.

Ne rien en attendre, si ce n’est de regarder passivement les sourires accrochés aux lèvres des nouveaux convertis qui découvriraient cette boisson millénaire mais qu’ils n’avaient jusqu’à lors pas eu le plaisir de croiser la route.

Mais cette idée, sûrement trop ambitieuse ne pouvait être portée que par une seule maison, la plus petite du marché ou la plus confidentielle, par ailleurs et ce n’en était pas la démarche.

Il y avait derrière ce 9 Novembre, derrière cette initiative, l’esprit d’une générosité sans retour, sans attentes, l’esprit du partage commun autour d'une même passion où chacun à sa guise n’avait plus à se cacher, à rester dans l’ombre d’une tasse égoïste.

Il y a, bien entendu, eu quelques victoires, quelques 9 Novembre fabuleux, comme lors de la première édition à l’île de la Réunion, en présence de plus de 1000 personnes venues des 4 coins du monde, comme au Japon, au Canada, en Corée du Sud…, où les amateurs se sont donnés rendez-vous dans des lieux insoupçonnés tels la rue, les centres urbains, sur les ports… Toutes ces choses qui illustraient cette Fête et cette dimension Internationale souhaitée dès le départ.

Mais c’est ce que nous n’avons pas réussi que je retiens. Cette fête n’a jamais remporté l’adhésion des acteurs du monde du thé. je ne parle pas ici des producteurs, des petits Jardins, qui ont chacun leurs festivals lors des premiers jours de récoltes de leurs plantations, ou bien encore des pays producteurs, qui ont eux souvent pris entre temps quelques initiatives pour promouvoir la typicité de leurs variétés.

Non, je parle ici des syndicats du thé, des blogs, des revendeurs, des maisons, des marques qui oeuvrent chaque jour à leur façon à promouvoir le thé, certes, mais en s’en appropriant son image et en véhiculant des messages plus d’expertises que de plaisirs.

Il n’y a pas jugement là dedans, chacun est libre et le milieu économique souvent et bien naturellement recherche des relais de croissance plus que des initiatives soit caritatives, soit associatives et cela peut sûrement se comprendre.

Ce fut d’ailleurs peut-être l’erreur, de prendre l'initiative de cette Fête Internationale du thé, avec comme outil, celui de la maison que j’avais fondée 5 ans plus tôt. Ce choix fut peut-être perçu comme un intérêt personnel, même si il n’en a jamais été l’intention. Theodor n’a jamais eu la prétention de refléter le monde du thé, ni de se l’approprier mais d’en être un de ses prénoms, un des ambassadeurs, un de ses visages. Le monde du thé a plus de 2000 ans d’histoire comment croire un instant qu’une maison âgée de 5 ans en aurait eu la prétention de s’en approprier la cause ?

Non, rien de tout cela et c’est pourquoi d’ailleurs la difficulté de l’exercice était de n’être qu’un porte-voix plus que d’être à l’initiative d’évènement qui aurait tout ramené à elle.

Animer un évènement, c’est savoir le sublimer, lui en donner toute la lumière qu’il mérite et s’effacer sans trop le marquer de sa présence.

S’effacer et y mettre fin aujourd’hui, le clôturer, permettra peut-être de pouvoir le faire au bénéfice d’autres initiatives, prises dans d’autres contextes, sous d’autres dates, quelles soient légitimes ou non.

Je me réjouis de voir depuis 2/3 ans des nouvelles dates fleurir d’autres Fêtes du thé qui existeraient ici et là, trouvant un historique, des racines, parfois étonnantes certes, et qui seraient « L’officielle », « La véritable » etc... Comme il ne s’agit pas ici de faire un concours, ou encore de présumer quelle est à mon sens la bonne fête, mais plus que le thé bénéficie de jolies initiatives pour en parler, je ne peux qu’y adhérer.

Il est donc temps d’officiellement clôturer, non pas la Fête Internationale du thé, mais la date du 9 Novembre comme étant son référent. Ce n’est qu’une date après tout.

Et, il n’est pas ici question d’échec, mais d’humilité, de volonté d’avancer et de permettre à d’autres célébrations de prendre toutes leurs places, à l’instar de l' « International Tea Day » qui se déroule en Décembre chaque année et dont il faut saluer l’initiative.

Tant à titre personnel que professionnel, nous les rejoindrons si celles-ci sont porteuses des valeurs qui nous animent, si le spectre de ces célébrations n’est pas dicté par un esprit ni commercial, ni économique, je m’y engage.

Cette belle aventure prend fin, me permettant, loin de toutes suspicions de faire le métier qui est le mien, dans son coeur et ses fondamentaux.

Sans amertume et sans ombrage, sentiments qui ne me caractérisent pas, je continuerai, chaque jour, de célébrer le thé, d’en être un ambassadeur et je suis certain que ceux qui seront attristés par cette décision, en comprendront la démarche.

Théinement vôtre,
- G. Leleu